PROTESTEZ de plus en plus fort, il en restera toujours quelque chose : certains Etats arabes du Golfe semblent en avoir fait leur devise à propos de la Bosnie. La Russie est de plus en plus la cible de leurs critiques. L’Iran, de son côté, affirme s’employer à traduire dans les faits la récente décision du « groupe de contact » de l’Organisation de la conférence islamique de se délier de l’embargo sur les armes destinées aux musulmans bosniaques.

Les Emirats arabes unis ont « énergiquement » protesté, mardi 1er août, contre l’attitude jugée anti-musulmane de Moscou en Bosnie, qui risque de lui faire perdre, selon le ministre d’Etaet aux affaires étrangères, cheikh Hamdane Ben Zayed Al Nahyane, « beaucoup de ses amis et de ses intérêts dans le monde arabe et musulman ». Cet avertissement officiel avait été précédé de vives critiques de la presse, qui brandissait la menace d’un boycottage économique de la Russie.

UN TÉLÉTHON EN JORDANIE

L’Arabie saoudite n’est pas en reste : la presse, qui est entièrement contrôlée par l’Etat comme dans la plupart des pays de la région, vitupère Moscou depuis plusieurs jours, soulignant notamment que « la Russie demeure l’ennemie de l’islam et des musulmans ». Et, dans le même élan, Ryad a demandé, pour la première fois, à Moscou de « ne plus utiliser la force contre la République tchétchène ».

L’Iran, qui se veut le champion des « causes » musulmanes dans le monde, n’est pas sur la même longueur d’onde. « Piégé » par l’aide que lui apporte Moscou, notamment dans la réalisation de son programme nucléaire, le gouvernement iranien peut difficilement vitupérer les Russes, à qui il a, au contraire, proposé sa « médiation » pour un rapprochement avec les Bosniaques. « Nous sommes prêts à serrer la main » à tout pays qui souhaiterait un règlement « équitable » de la crise, « comme la France, l’Allemagne ou même la Russie », a déclaré mardi le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Velayati, de retour d’un voyage en Croatie et en Bosnie. Déjà, à propos de la Tchétchénie, Téhéran avait fait preuve d’une remarquable modération, prônant une solution diplomatique à la crise. L’Iran n’en est pas moins « déterminé », a affirmé M. Velayati, à envoyer une « aide militaire » aux musulmans bosniaques pour leur « permettre de se défendre ».

En attendant, des collectes de fonds en faveur des musulmans bosniaques ont dépassé tous les espoirs. Un téléthon organisé vendredi 21 juillet en Jordanie a permis de rassembler 7 millions de dollars et des tonnes d’aide en nature. Ces dons émanaient de Jordaniens mais aussi de Saoudiens, de Koweïtiens, de citoyens des Émirats, de Soudanais, de Syriens et d’Iraniens. Un autre téléthon organisé une semaine plus tard dans les Emirats arabes unis a rapporté 43,8 millions de dollars.

MOUNA NAIM

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