Sous la pression des militaires russes opposés à une solution politique du conflit, les négociations de paix à Grozny entre Russes et Tchétchènes se sont poursuivies et butent toujours sur la question du futur statut de la Tchétchénie. Peut-être pour affaiblir le leader du « parti de la guerre », Pavel Gratchev, ministre russe de la défense, l’un des proches du président Eltsine, Vladimir Choumeïko a fait savoir, lors d’une interview télévisée, dimanche 9 juillet, que Boris Eltsine s’était récemment prononcé pour la démission du général Gratchev. « Le président a voté pour cette démission, ce qui ne veut pas dire qu’il faut le faire tout de suite », a déclaré M. Choumeïko.

A Grozny, les indépendantistes tchétchènes avaient repris les négociations, dès samedi 8 juin, en dépit des « provocations », peut-être destinées à faire dérailler le processus de paix. Et, à écouter, samedi, Arkadi Volski, l’un des négociateurs russes, proche du premier ministre Viktor Tchernomyrdine, on pouvait même croire que le noeud du problème la question de l’indépendance avait été réglé. A l’issue de ces pourparlers où les deux parties se sont mises d’accord pour l’organisation d’élections, M. Volski a annoncé que « le peuple devait trancher » la question de l’indépendance, qui ne pouvait être réglée « à la table » des négociations mais « devrait être décidée par le résultat des élections ».

Certes, a expliqué M. Volkski, aucun référendum ne serait organisé, car la Constitution russe s’y oppose, mais le fait que des candidats indépendantistes puissent se présenter à une élection présidentielle transformerait de facto ce scrutin en un vote pour ou contre l’indépendance. Cependant, dimanche, M. Volski était contraint d’expliquer qu’il s’agissait là d’une « position personnelle », qui n’engageait pas la délégation russe. Le chef de cette délégation, Viatcheslav Mikhaïlov, a précisé que la question de l’indépendance serait réglée « en prenant en compte la Constitution russe », une façon de dire qu’il n’était pas question que la Tchétchénie puisse quitter la Fédération russe.

Les discussions achoppent donc toujours sur le statut, « et pourraient être closes en une demi-heure s’ils [les Russes] reconnaissaient le statut [indépendant] de la Tchétchènie », a estimé Ousman Imaïev, le chef de la délégation tchétchène. Les Tchétchènes estiment que l’indépendance a déjà été décidée, lors d’un vote à l’automne 1991. Repousser la question du statut de la République au lendemain des élections prévues pour novembre serait une façon de sortir de l’impasse. Mais, pour Moscou, ce serait aussi courir le risque de voir ces élections se transformer en référendum, comme l’a expliqué M. Volski. Et ce, alors que la plupart des commentateurs estiment que la population tchétchène est plus favorable que jamais à une sécession. L’autre question, non résolue, a trait à l’avenir du président indépendantiste, Djokhar Doudaev. Moscou s’oppose à sa participation à de futures élections.

JEAN-BAPTISTE NAUDET

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