Pas de trêve pour évacuer les blessés, pas de droit de visite aux prisonniers, mais des raids aériens qui touchent principalement les civils ; des hôpitaux et des réservoirs d’eau potable bombardés ; des obstacles « administratifs » qui bloquent l’aide : le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dénoncé, jeudi 19 janvier, les graves violations du droit humanitaire en Tchétchénie, où « la plupart des victimes sont des civils ». « Il est grand temps que les principes du droit humanitaire soient pris en considération », a lancé le chef de la délégation du CICR à Moscou, Thierry Meyrat, lors d’une conférence de presse. Le CICR a demandé un cessez-le-feu pour pouvoir évacuer les blessés et les civils pris au piège à Grozny.

S’adressant aux « parties » en conflit, l’organisation suisse s’est, certes, abstenue de montrer Moscou du doigt. Mais c’est la Russie qui mène des raids aériens, elle qui refuse un cessez-le-feu ; elle qui « a ratifié la Convention de Genève », a souligné le chef du CICR à Moscou. Lors d’une rencontre, mardi 17 janvier, à Genève avec le chef de la diplomatie russe, Andreï Kozyrev, le président du CICR, Cornelio Sommaruga, avait déploré « les terribles conséquences des attaques et des bombardements des populations civiles ». Les autorités russes refusent au CICR le droit de visiter les prisonniers tchétchènes. Elles n’ont pas même fourni d’informations sur leur nombre et leurs lieux de détention. Du côté tchétchène, le CICR n’a pu visiter que 10 prisonniers sur près d’une centaine.

La Russie semble tout mettre en oeuvre, malgré des assurances de façade, pour retarder ou empêcher l’aide humanitaire aux quelque 360 000 réfugiés et aux milliers de blessés. Le CICR en a compté plus de 2 000 du côté tchétchène et autant du côté russe, mais de nombreux blessés tchétchènes ne sont pas enregistrés dans les hôpitaux.

LE HCR « BLOQUÉ AVANT DE COMMENCER »

Même s’il est « difficile de dire » que l’aide est délibérément bloquée par Moscou, M. Meyrat a estimé que les autorités russes « n’avaient pas pris en compte la dimension humanitaire » du conflit, notamment en fermant les frontières sud de la Russie, y compris aux convois d’aide.

Les organisations humanitaires se heurtent aussi a des « problèmes » de visas. Lorry Hollingworth, un responsable des opérations du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) en Tchétchénie, s’est ainsi heurté à une série d’obstacles administratifs et douaniers. Invité par les autorités russes, le 27 décembre, à intervenir en Tchétchénie, le HCR s’attendait à une aide. « Ici nous avons pratiquement été bloqués avant de commencer », a déclaré M Hollingworth au Washington Post. Conclusion de M. Meyrat : « le gouvernement [russe] doit prendre ses responsabilités pour améliorer l’aide humanitaire, et les autorités doivent soutenir l’aide et non pas l’empêcher ou la contrôler. »

JEAN-BAPTISTE NAUDET

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