La dernière proposition de Moscou d’entamer immédiatement des négociations avec « toutes les parties et forces intéressées » au conflit tchétchène marque un progrès par rapport à celle faite il y a une semaine sous la forme d’un ultimatum aux « formations illégales armées ». Cette fois, le premier ministre, Viktor Tchernomyrdine, est intervenu, lundi 16 janvier, en personne à la télévision pour lire, « sur instruction du président » Eltsine, un court texte portant sur des négociations, prélude à un « cessez-le-feu » ce qui revient encore à poser des conditions à la cessation des hostilités. Le premier ministre propose de négocier un moratoire sur les mouvements de troupes, un arrêt de l’emploi des armes lourdes et un désarmement des indépendantistes, dans des « zones neutres », sous le contrôle des « conseils des anciens ».

Mais tout en affirmant que son « objectif principal, aujourd’hui, est de stopper l’effusion de sang », M. Tchernomyrdine n’a pas manqué de réaffirmer que les négociations, puis la tenue d’élections « démocratiques » en Tchétchénie, ne pourront qu’aboutir à un maintien de la République au sein de la Fédération de Russie. De plus, le premier ministre a de nouveau qualifié ses adversaires de « bandes illégales armées ». Ces derniers ont pourtant envoyé lundi à Moscou une délégation chargée par le président Djokhar Doudaev de négocier un cessez-le-feu, condition préalable selon elle à tout accord politique. Des signes permettent d’espérer que les nouvelles ouvertures de Moscou ne sont pas uniquement liées à la rencontre, mardi à Genève, des chefs de la diplomatie russe et américaine, ou à l’arrivée à Moscou de la délégation du FMI chargée de négocier d’importants prêts.

L’objectif maintenant fixé à un « groupe de commandos de l’unité Alfa », la plus célèbre des troupes d’élite de Boris Eltsine, est de « hisser le drapeau russe », non pas sur le palais présidentiel, qui résiste toujours, mais sur le petit bâtiment du conseil des ministres, qui lui fait face, et que les Russes doivent encore reconquérir. Dix jours d’intense pilonnage d’artillerie ont, certes, réduit le centre de la capitale en ruines fumantes, mais les Tchétchènes tirent toujours sur lesattaquants.

Depuis deux jours, la mauvaise volonté des forces russes transparaît dans les reportages diffusés à Moscou. Les stratèges du Kremlin ont jugé nécessaire une contre-attaque médiatique. L’effet n’a pas été celui attendu. Certains journalistes ont fait complaisamment écho aux nouveaux thèmes de la propagande qui évoque des prisonniers russes « castrés », voire « crucifiés », mais la plupart des journalistes ont insisté sur le désarroi qui règne dans les rangs russes. Arrivées au centre de Grozny, les unités du général Babitchev devaient prendre d’assaut le palais. Mais un des officiers expliquait, dimanche, sur la chaîne privée NTV, qu’ils « n’étaient pas pressés » et qu’il ne servait à rien « de risquer la vie de ses hommes en voulant à tout prix prendre un bâtiment sans signification réelle ».

De jeunes recrues racontent aussi comment elles ont été jetées dans l’enfer de Grozny après six mois de service seulement, durant lesquels elles « ont surtout appris à manier les pelles ». De toute la Russie arrivent des informations sur des unités qui ont refusé de partir en Tchétchénie ; sur d’autres qui ont décidé de rentrer chez elles ; sur des officiers qui refusent les ordres. Humiliation supplémentaire, le procureur général de Russie a reconnu, lundi, que ses menaces de poursuite de ces officiers rebelles n’étaient que du vent : le parquet militaire n’a pas ouvert d’enquête et procède à de simples « vérifications ».

SOPHIE SHIHAB

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